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Jeudi 10 mars 2005

Enquête sur une malédiction
Voyage au pays des 35 heures

Les effets pervers de la loi Aubry se multiplient : augmentation du coût salarial, paperasserie, inégalités accrues entre les entreprises... Quant aux embauches annoncées, il suffit de voir le dérapage du taux de chômage. Tour de France des aberrations

par Marc Nexon

«En quatre ans, les 35 heures ont produit des effets sociologiques énormes, et les Français n'ont plus vis-à-vis du travail la même position qu'avant. » Une déclaration d'autosatisfaction signée Martine Aubry ? Nullement. Une petite phrase d'Ernest-Antoine Seillière sur Europe 1, il y a un mois. Ce jour-là, le patron des patrons a résumé le piège dans lequel se trouve enfermée la classe politique. Car, à deux mois de l'élection présidentielle, l'embarras domine. Abroger les lois Aubry ? Personne n'y songe. La RTT est entrée dans les moeurs. Et nul ne veut prendre le risque de braquer l'opinion. Les aménager ? Beaucoup le souhaitent. Y compris parmi les poids lourds du Parti socialiste (Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn). Oui, mais comment ? Le flou persiste. François Bayrou et Jean-Pierre Chevènement promettent des assouplissements. Mais se gardent bien d'en énoncer les modalités. Le RPR, lui, évoque des « négociations entre partenaires sociaux » et envisage de faire sauter le « verrou idéologique des heures supplémentaires » afin de libérer de nouvelles capacités de production. Mais, dans le même temps, il se dit prêt à revenir sur les baisses de charges consenties aux entreprises, jugées trop coûteuses pour la collectivité. Comprenne qui pourra ! C'est politiquement habile si l'on veut se démarquer des revendications du Medef, mais parfaitement discriminatoire à l'égard des entreprises déjà passées aux 35 heures.

Face à tant de tergiversations, Lionel Jospin jubile :« Je ne conseillerais pas à l'opposition de remettre en question les 35 heures »... « ou alors mobilisez une armée de juristes ! » aurait-il pu ajouter. Car la force du texte est d'être à bien des égards... impénétrable. Et une source de maux de tête pour tous ceux chargés de l'appliquer. A commencer par les inspecteurs du travail...

Seule certitude : la nouvelle équipe gouvernementale issue des élections n'a pas fini de gérer l'« impact des 35 heures ». D'abord parce que la plupart des PME ont préféré différer le sujet. Mais surtout parce que la fonction publique, dans l'attente de nouvelles créations de postes, menace toujours de s'embraser. C'est le cas des personnels hospitaliers, prêts à relancer le conflit en dépit de la promesse de 45 000 emplois supplémentaires. Mais aussi des enseignants, engagés le mois dernier dans une première grève unitaire. Et, même au-delà du secteur public, la RTT distille ses effets. Qui aurait prévu que les médecins, profession libérale par excellence, se plaindraient un jour de leur « charge de travail » ?

« Je vous assure ! Il démissionne pour rejoindre une entreprise passée aux 35 heures. Ce qui l'intéresse, ce sont les jours de congé et il est prêt à toucher un salaire moins élevé ! » Bernard, chef d'atelier, 54 ans, raconte à son patron les raisons du départ d'un ouvrier de l'équipe. Didier Boureille, à la tête de PLSA, une PME nantaise de 16 personnes spécialisée dans la fabrication de portes frigorifiques, découvre, ébahi, les vraies motivations de son employé : « Pour un salaire moins élevé ? » s'étonne-t-il. « C'est ce qu'il m'a dit. Il veut s'occuper de ses enfants et de ses chiens », insiste l'homme en blouse bleue. Didier Boureille, agacé, tourne les talons. « Et voilà les lois Aubry ! » enrage-t-il.

Le chef d'entreprise avait pourtant cru faire oeuvre de pédagogie auprès de son personnel. Les 35 heures ? Il ne les appliquerait pas au 1er janvier de cette année, avait-il prévenu. Il irait à son rythme. Afin d'absorber les surcoûts et d'« éviter de fermer la boutique ». Personne ne lui en ferait grief. « Les coups de gueule, on les règle le soir en ouvrant une bouteille de muscadet », dit-il. Didier Boureille avait donc tout prévu... sauf le départ de l'un de ses ouvriers pour une entreprise plus grande, convertie aux 35 heures et bien pourvue en congés de RTT. La tuile ! Et si les autres suivaient ?

Inégalités...

Quatre ans après leur lancement, les lois Aubry sur la réduction du temps de travail égrènent leurs effets pervers : discriminations accrues entre les entreprises, montée des contentieux, multiplication des tracasseries administratives, moindre motivation au travail, recul de la compétitivité... La grande conquête sociale de la législature Jospin laisse un goût amer. Dans les rangs des employeurs, bien sûr. Mais aussi dans le monde du salariat. Il y a trois mois, un sondage du Journal du dimanche a donné le premier signal d'un renversement de tendance. 62 % des Français jugent désormais « plutôt négatives » les retombées des 35 heures sur l'économie. Et la moitié des sondés préféreraient, aujourd'hui, gagner plus d'argent et avoir moins de temps libre. On est loin du plébiscite dont se prévalait la majorité en 1997 !

Entre-temps, il est vrai, plusieurs écueils ont surgi. D'abord, le coût faramineux du dispositif : 15,3 milliards d'euros par an, dont 8,4 pour le seul secteur privé. Le contribuable a finalement compris qu'il devrait « se payer » sa RTT. En dépit de la promesse du gouvernement d'élaborer une loi « à coût nul ». Mais surtout, le dogme « travailler moins pour partager plus », hissé en tête de mât des 35 heures, a piteusement échoué. Avec un taux de chômage à 9 %, la France figure toujours parmi les mauvais élèves de la classe européenne, juste devant la Finlande, l'Italie et l'Espagne. Où sont passés les 500 000 à 700 000 emplois triomphalement annoncés par les partisans des lois Aubry ? Certes, le pays a créé en quatre ans 1,5 million d'emplois. Mais pas grâce à la RTT (des chiffres officiels invérifiables lui en attribuent 240 000). La bonne conjoncture internationale a fourni l'essentiel des bataillons. Car, au même moment, l'Allemagne et l'Italie ont créé proportionnellement autant de postes, les Etats-Unis un tiers de plus, l'Espagne et les Pays-Bas près du double. Lesquels pays n'ont jamais recouru à la RTT, aux emplois-jeunes ou au gonflement des effectifs de la fonction publique.

Du coup, les anciens zélateurs battent leur coulpe. « Nous étions des prosélytes de la RTT, se souvient Jean-Pierre Gauthier, d'ASG, un cabinet de conseil parisien ; nous avons rédigé quatre ouvrages sur le sujet. Et aujourd'hui nous nous demandons nous-mêmes comment franchir le cap des 35 heures ! Cette loi accentue les inégalités. »

De fait, quatre ans après les travaux de Martine Aubry, le secteur privé voit se creuser un fossé entre deux camps. Les grandes entreprises, déjà bien loties en avantages divers et maintenant prêtes à offrir jusqu'à neuf semaines de congés à leur personnel, par le biais des jours de RTT. Et les petites, souvent incapables d'aller au-delà des six semaines. Mais ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Le législateur a aussi introduit une foule de distorsions. Il y a les entreprises candidates aux aides « Aubry 1 » ou aux exonérations sociales « Aubry 2 ». Il y a les moins de 20 salariés autorisées à passer aux 35 heures... ou à ne pas y aller, en jonglant pendant deux ans avec les heures supplémentaires. Il y a les métiers dérogatoires (routiers, hôteliers-restaurateurs, boulangers...). Mais aussi dérogatoires entre eux (les routiers ont droit aux exonérations, pas les boulangers !) Il y a le smic, variable selon la date d'entrée en application de l'accord 35 heures (déjà trois en vigueur !).

Un cauchemar réglementaire

Au final, un sentiment d'injustice domine. « Les 35 heures, j'y croyais comme remède au chômage. Alors, j'y suis allé, raconte Charles Hamelin, à la tête de Sirev, une PME de 50 personnes spécialisée dans le matériel d'arrosage, à Angers. Mais je ne pensais pas subir une baisse de rentabilité et perdre des marchés face à des concurrents de moins de 20 salariés auxquels la loi donne des heures supplémentaires plus nombreuses et moins coûteuses. » Une concurrence déloyale ressentie dans d'autres métiers. « Avec les 35 heures, je devrais repousser l'horaire d'ouverture de mes boutiques à 9 h 30 et avancer la fermeture à 18 h 30, plaide Philippe Crochet, propriétaire de trois magasins d'optique près de La Roche-sur-Yon. Mais comment concurrencer de grandes enseignes ouvertes non stop jusqu'à 20 heures ? »

Embauchez ! objecte-t-on au ministère de l'Emploi. L'argument maintes fois avancé ne résiste plus à l'épreuve du terrain. S'il se conçoit parfois pour de grands groupes en plein essor, il se révèle parfaitement inapproprié pour les petites unités. « J'emploie 20 personnes représentant au total dix qualifications différentes, explique Michel Diot, gérant du cabinet d'assurances Gica ; si je veux réduire uniformément le temps de travail, je dois quasiment doubler mon effectif. » Un casse-tête également insurmontable pour la PME industrielle. « J'ai retourné le problème dans tous les sens, raconte Jacky Berthaume, le patron d'Erelec, une entreprise de câblage électrique située à La Chevrolière (Loire-Atlantique). Les 35 heures nécessitent 3 personnes de plus en production. Mais, si je les embauche, il me faut aussi un dessinateur supplémentaire. Or, celui-ci, je le rentabilise avec au moins 5 personnes. » Insoluble ! Après deux ans de négociation avec ses salariés, Jacky Berthaume a renoncé à conclure un accord en bonne et due forme « de peur d'être lié ». Il a préféré afficher une note de service et annoncer un passage aux 35 heures... à ses conditions (gel des salaires, suppression de primes...).

Au pays des 35 heures, les employeurs ne sont pas seuls à plonger dans un cauchemar réglementaire. Même les inspecteurs du travail y perdent leur latin. « Ma comptable s'est rendue deux fois en décembre à la direction départementale du travail pour obtenir des renseignements sur le régime des heures supplémentaires. Elle a obtenu deux réponses différentes », soupire le lunettier Philippe Crochet. Le cafouillage est tel que l'administration se voit contrainte d'installer des « super-inspecteurs » régionaux, chargés de départager leurs collègues. « Nous sommes assaillis de demandes. Or la loi n'est pas claire, concède l'un d'eux ; un contrôle dans une entreprise de 30 salariés nous demande désormais une journée alors qu'il nous fallait deux heures au début des années 80. »

Pas claire, la loi ? Le mot est faible. « On demande aux employeurs de respecter la signalisation en roulant tous feux éteints », résume Frédéric Leclercq, avocat chez Froment Briens et associés. « Nous ne sommes plus à l'abri d'erreurs, ajoute André-Paul Bahuon, président de l'Institut français des experts-comptables ; nous prévenons nos clients qu'ils ont désormais une chance sur trois de se faire épingler par l'Urssaf. » Principal motif d'inquiétude : les aides abondamment distribuées par la première loi Aubry. Plusieurs entreprises les ont touchées sans avoir respecté les conditions d'embauche imposées. « J'ai actuellement 15 clients dans cette situation », reconnaît Jean-Marc Revereau, à la tête de JMR Consulting. Les raisons ? La négligence et plus souvent l'incapacité à recruter une main-d'oeuvre adaptée. « Deux de mes gars sont partis et j'ai un mal fou à retrouver des mécano-soudeurs, raconte un patron d'une PME de mécanique de 33 personnes située dans la Loire-Atlantique ; depuis, je ne suis plus dans les clous de la loi. Alors, je fais le mort. »

Un risque judiciaire considérable

Il a intérêt ! Car la rumeur court dans le département qu'une vingtaine d'inspecteurs de l'Urssaf dépêchés sur place ont pour mission d'obtenir le remboursement d'un tiers des aides accordées. Dans la région de Tours, une entreprise de 170 salariés, spécialisée dans les systèmes de sécurité, croise aussi les doigts. Victime d'un carnet de commandes en baisse, elle se dit incapable de réaliser les dix embauches promises. En cas de contrôle, elle devrait rembourser plus de 3 millions de francs d'aides pour un maigre bénéfice de 300 000 francs... Autant mettre la clé sous la porte. A Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), Samsonite n'est pas en meilleure posture. Loué il y a trois ans pour sa diligence à conclure un accord sur les 35 heures, le bagagiste américain subit la dégressivité des aides Aubry (environ 1 million de francs en moins) au pire moment. A la veille d'un plan social prévoyant la suppression de 95 postes.

Les chausse-trapes de la loi sont innombrables. Et les syndicats les traquent avec ténacité. Grande spécialiste du genre : la CGT. La centrale de Bernard Thibault attaque sur tous les fronts. Dans les prochaines semaines, Michelin, Alcatel et Renault devront ainsi défendre leurs accords 35 heures en justice face aux avocats de la CGT. PSA et Dassault devraient les y rejoindre. Au coeur de la plupart des litiges, l'application de la RTT aux cadres à travers le système des forfaits jours. « Tout le monde piétine allègrement les règles. Un cadre peut maintenant travailler 13 heures d'affilée par jour », fulmine Dominique Campagna, délégué central CGT chez Alcatel. « Les gens en ont marre de ne pas pouvoir prendre leurs jours de RTT comme ils l'entendent. C'est la direction qui attribue maintenant les congés », renchérit Philippe Martinez, son homologue chez Renault.

Le risque judiciaire ? Sur le papier, il est considérable. Si l'accord tombe, tous les cadres d'une entreprise sont fondés à réclamer le paiement d'heures supplémentaires. Des sommes rondelettes évaluées à plusieurs millions de francs. Ils peuvent même porter plainte au pénal pour « travail dissimulé ». Une condition, toutefois : que les intéressés puissent justifier les dépassements d'horaires grâce à des mails ou des courriers. « La direction de Renault a une peur bleue qu'on en arrive là », prévient Marie-Laure Dufresne-Castets, l'avocate de la CGT. Effrayée par la même menace, une entreprise de 3 000 personnes spécialisée dans le médical a choisi la pire des solutions. Pour ne pas éveiller les soupçons, elle a renoncé à faire signer à la moitié de ses cadres leurs nouveaux contrats 35 heures sur les forfaits jours... alors que ceux-ci les appliquent. Gamelle assurée devant les tribunaux !

Plusieurs bombes à retardement judiciaires menacent ainsi d'exploser cette année. Chez les transporteurs routiers, il est déjà trop tard et l'effet de souffle est redoutable. L'allumette ? Une décision du Conseil d'Etat, en date du 30 novembre, annulant plusieurs dispositions du décret Gayssot adopté deux ans auparavant et destiné à maintenir un régime dérogatoire pour les chauffeurs (51 ou 48 heures selon les cas).

La conséquence ? Un imbroglio juridique total depuis deux mois. Appliquée à la lettre, la décision du Conseil d'Etat a pour effet de demander aux routiers de reverser 13 % de leur rémunération sur deux ans à leur patron. Et à ces derniers d'attribuer à leurs employés 43 jours de RTT par an, au lieu de 19. Une pagaille à laquelle syndicats et fédérations patronales tentent de mettre un terme en ouvrant de nouvelles séances de négociation. « Si on ne trouve pas de compromis, la situation est ingérable et explosive », met-on en garde à la Fédération nationale des transporteurs routiers.

Les « stock-time » font un tabac

Au-delà des contentieux, les 35 heures, une fois à l'oeuvre, posent aussi de sérieux problèmes d'organisation. Principal facteur bloquant : les jours de RTT. Ils rythment désormais la vie de l'entreprise. Aux laboratoires pharmaceutiques Scherring, près de Roubaix, l'encadrement n'a pas d'autre choix que de concentrer les réunions stratégiques le mardi et le jeudi, lorsque tout le monde est présent. Ailleurs, les « JRTT » s'empilent sur des « comptes épargne temps », à la grande frayeur des employeurs, contraints de provisionner des sommes colossales. Chez Renault, l'enveloppe globale des congés s'élèverait déjà à 300 millions d'euros ! Au 31 décembre, un sous-traitant de la Ville de Paris comptait jusqu'à 80 jours par salarié. Un conseil extérieur a dû intervenir en catastrophe.

D'ailleurs, au fil des mois, les cadres ont bien compris leur nouvel intérêt financier. Déçus par les stock-options, ils se rabattent sur les « stock-time ». Le principe est simple. Il suffit de « charger » le compte épargne temps et de récupérer la mise calée sur des salaires réévalués, deux ou trois ans plus tard. La recette fait un tabac auprès des jeunes consultants, dont les rémunérations progressent très vite. « La valeur de leurs jours RTT prend 20 à 30 % par an, net d'impôts », remarque Jean-Marc Revereau, de JMR Consulting. Du coup, affolé par les dépenses engagées, un grand cabinet parisien concocte un plan d'urgence afin de contraindre ses 400 consultants à « écouler » leurs jours. Son idée ? Etablir un calendrier annuel « façon SNCF ». En « zone verte », l'entreprise leur offre une journée supplémentaire s'ils prennent quatre jours de congé. En « zone orange », ils n'ont droit qu'à une RTT et, en « zone rouge », ils doivent s'abstenir. Au final, tous les quatre mois, ils ne pourront déposer sur leur « compte temps » que 20 % de leurs jours. Technocratique mais efficace.

La RTT charrie ainsi des wagons de paperasserie et de procédures. Dans une étude réalisée par Andersen Consulting auprès de 115 grands groupes, les chefs d'équipe déclarent consacrer deux à quatre heures par semaine à la gestion des nouveaux congés. Et gare aux erreurs ! Pour avoir omis de décompter une journée par salarié, une entreprise de 1 000 personnes s'est privée dans l'année de cinq « équivalents temps-plein ».

Au royaume de la pendule, en tout cas, une profession prospère : les fabricants de pointeuses et de logiciels horaires. Chronotique, le plus gros d'entre eux, voit, depuis le lancement des lois Aubry, son chiffre d'affaires progresser de 50 % par an. « Cela a facilité notre décollage », sourit Samuel Serraz, le directeur du marketing. Castorama et la BNP, notamment, ont dû investir entre 1 et 2 millions d'euros dans ces nouveaux matériels. Pas le choix ! Les employés les réclament. A la seule perspective d'introduire une pointeuse dans son entreprise de pêche de coquillages de 5 salariés, Pascal Chellet bondit. « Ma pendule à moi, c'est la Lune ! A marée basse, on part travailler. A marée haute, on revient. Il y a dix ans, un inspecteur du travail est venu nous demander d'afficher nos horaires. Regardez ! On a inscrit des heures bidon », montre du doigt le pêcheur du Croisic.

« Fonctionnarisation »

Sous la pression de la RTT, l'obsession de l'horloge gagne les rangs des salariés. Des entreprises y voient un début de « fonctionnarisation » de leurs troupes. Y compris dans les plus petites structures. Depuis son passage aux 35 heures, le 1er janvier, René Woog, à la tête d'une concession automobile à Champigny-sur-Marne, demeure estomaqué. « A 17 h 15, ils posent les outils et s'en vont en laissant le capot de la voiture ouvert. Ils n'auraient jamais eu ce comportement avant. » « A 39 heures, le travail est mentalement dominant. A 35 heures, la balance penche dans l'autre sens », tranche Christophe Salmon, secrétaire général du pôle services du Medef. « On détruit la vertu du travail », a même lâché Jean-Pierre Chevènement, en janvier, devant l'état-major de la fédération patronale de la métallurgie (UIMM). « Dans les entretiens d'embauche, les gens négocient davantage leurs jours de RTT que leur salaire. On tue le dynamisme d'entreprise », s'emporte Jean-Marc Revereau.

Moindre élan au travail, rationnement des heures de production, une vraie menace pèse, du coup, sur la qualité des prestations. Chez Decaux, depuis la mise en place de l'accord, les directeurs régionaux peinent à trouver des agents de maintenance, le week-end, pour réparer les panneaux publicitaires tournants tombés en panne. « Les annonceurs râlent et multiplient les pénalités », avoue un délégué CGT. Même constat chez Otis. Les clients, jusqu'ici habitués à un interlocuteur unique, voient désormais défiler trois techniciens différents pour l'entretien des ascenseurs. « On atteint des records d'annulation de contrats », affirme Franck Pfister, délégué CFDT. Même le plan Vigipirate subit le contrecoup des 35 heures. « La RTT, associée aux difficultés de recrutement, nous empêche de déployer 5 000 hommes de plus sur le territoire », regrette Claude Tarlet, président du Syndicat national des entreprises de sécurité.

Dans les commerces aussi, la prestation se dégrade. Pour une raison simple : les plages d'ouverture se rétrécissent. « Je n'ai pas le choix : je ferme un deuxième jour de la semaine ou plusieurs semaines consécutives. Dans tous les cas, j'ampute volontairement mon chiffre d'affaires de 15 % », déplore Thierry Dubois, 36 ans, boulanger avenue Bosquet, à Paris. « Avant, j'acceptais des clients jusqu'à 22 heures ; maintenant, je les refuse après 21 h 30 pour laisser partir mon cuisinier plus tôt », confie pour sa part le restaurateur Gérard Ryngel, de Villa mon rêve, à Nantes.

Un coût salarial en hausse

Les grandes enseignes aussi prennent le risque de décevoir leur clientèle. « Nous n'avons plus qu'un seul vendeur entre midi et deux et après 18 h 30 dans un rayon de 500 mètres carrés, au lieu de trois d'habitude », explique un employé de Décathlon à Nîmes. Quant à René Woog, le garagiste de Champigny contraint d'ouvrir un quart d'heure plus tard et de fermer trois quarts d'heure plus tôt, il a fait le calcul : 20 % des véhicules amenés le matin ne seront plus restitués le soir même.

Le miracle n'a donc pas lieu. Les 35 heures n'ont pas pour effet de mieux utiliser les capacités de production. Elles les amputent. Au mépris de la vocation première d'une entreprise. « Comment faire quand l'activité repart et qu'il faudrait plutôt distribuer du travail que des jours de repos ? » interroge Jean-Claude Gendron, à la tête de la Rochelaise de mécanique, une PME de La Rochelle passée aux 35 heures il y a trois ans, lors d'un plan social. « On a cassé le joujou pour revenir à quelque chose de plus réaliste », admet Paul Platteaux, patron de la fonderie Bouhyer, à Ancenis, une entreprise visitée en 1995 par le candidat à la présidentielle Lionel Jospin et saluée, à l'époque, pour sa réduction du temps de travail à... 32 heures. L'histoire n'a pas retenu que ses ateliers tournent à nouveau à 35 heures. « Notre masse salariale excédait 35 % du chiffre d'affaires alors qu'elle doit plutôt se situer à 20 % », plaide Paul Platteaux.

Voilà le dernier méfait de la réduction du temps de travail : le renchérissement du coût salarial. Les grands groupes y répondent en délocalisant. « On voit pour la première fois des travaux d'études menés très en amont migrer vers la Roumanie ou la Chine », s'alarme Pierre Chanson, de la CFDT d'Alcatel. « On doit convaincre notre personnel français qu'il a un challenge à relever », lâche Xavier Fontanet, PDG de la multinationale Essilor, bien en peine d'expliquer le principe de la RTT à ses ingénieurs japonais ou américains.

Quelle sera la suite du feuilleton ? Plutôt sombre. Trois chiffres expriment l'ampleur des dégâts possibles. D'abord, la France a reculé à la 12e place de l'Union européenne en termes de richesses produites par habitant. Ensuite, elle affiche une durée annuelle effective du travail (1 562 heures) inférieure à celle des grands pays industrialisés. Enfin, elle s'apprête, d'ici deux ans, à réduire le temps de travail d'une autre moitié de salariés du secteur privé, toujours à 39 heures. Il va falloir ramer pour rattraper le temps perdu !

Par Charles Hubin - Publié dans : Economie
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Jeudi 10 mars 2005
Le constat

Deux raisons principales justifient une réforme urgente et profonde de notre système de santé en général et de l'assurance maladie qui le finance en particulier : une raison économique et une raison morale.

Raison économique.

Le déficit annuel de la branche maladie était de
2,1 milliards d'euros en 2001
6,1 milliards d'euros en 2002
11,9 milliards d'euros en 2003
supérieur à 13 milliards d'euros en 2004.

Le constat dressé au début de l'année 2004 par le Haut Conseil pour l'Avenir de l'Assurance Maladie est alarmiste et accablant :
- Le déficit cumulé de la branche maladie dépasse les 30 milliards d'euros fin 2004.
- En fonction des scénarios de croissance des dépenses retenus, le déficit annuel atteindra, en l'absence de mesures correctrices, 27 à 39 milliards d'euros en 2010 et 60 à 105 milliards d'euros en 2020.
- L'accumulation des déficits pourrait atteindre 640 milliards d'euros (hors charges de la dette) en 2020, soit 1/3 du PIB 2020.

En dehors d'une réforme de fond, trois solutions seraient envisageables pour faire face à cette accumulation de déficits :
- un doublement de la CSG (5,25% à 10,75%)
- une diminution de plus de 20 points des remboursements, à prélèvements identiques (76% à 55%)
- la transmission aux générations futures d'une dette faramineuse (en plus de celle de l'Etat)
Ces solutions sont inacceptables. Seule une réforme profonde est susceptible d'éviter un naufrage de notre système d'assurance maladie.

Raison morale.

Vis-à-vis des générations futures qui n'ont pas à supporter les dépenses de santé de leurs aînés.

Vis-à-vis des générations actuelles qui subissent un système injuste et immoral car, soumis au monopole de la Sécurité Sociale, les Français sont aujourd'hui privés de leur liberté de choix en matière de protection sociale face à la maladie.
Exiger le droit pour chaque individu de pouvoir organiser sa protection face au risque maladie est donc le principe fondamental auquel devra répondre une réforme juste de l'assurance maladie.

Hormis les fonctions régaliennes de l'Etat, il n'est pas de monopole justifiable. Celui de la Sécurité Sociale ne jouit d'aucun statut particulier. Privant chaque individu d'un droit fondamental, sa liberté de choix, il doit être abrogé.

Les mesures prises en 2004 par le ministre Douste-Blazy tentent désespérément d'apporter une réponse à la question financière et ignorent superbement la légitime revendication d'une vraie liberté de choix. Elles sont donc injustes et seront, malheureusement, inefficaces...

Quelles sont les propositions de Liberté Chérie ?

1-Abolition du monopole de l'assurance maladie.
Caisses d'assurance maladie, mutuelles et compagnies d'assurance doivent entrer en concurrence. Chaque Français souscrira un contrat auprès de l'assureur de son choix.

2-Obligation minimale d'assurance et principe de non-sélection.
Un « contrat minimal » sera défini, élaborant les risques santé pour lesquels chacun devra bénéficier d'une couverture obligatoire (ex : hospitalisations, affections de longue durée). Ce contrat sera souscrit individuellement auprès de l'assureur de son choix.

3-Création d'un fond d'assistance publique.
Une aide sera apportée à toute personne dont les ressources ne permettent pas la souscription d'une assurance santé. Elle sera versée sous forme d'un « chèque santé » permettant à son bénéficiaire de souscrire un contrat auprès de l'organisme d'assurance de son choix.

Les avantages d'un marché libre en matière d'assurance maladie :
● Liberté de choix : c'est un droit fondamental... qui n'a pas à être justifié !
● Vertus de la concurrence : seule la concurrence est à même de fournir une offre de prestations sociales de qualité à un coût attractif. La compétition entre opérateurs est le moteur du progrès.
● Réponse à la diversité des aspirations individuelles : laisser libres les assureurs, c'est leur permettre d'innover, d'inventer de nouveaux services, toujours mieux adaptés aux attentes des assurés.
● Responsabilisation : les assurés seront naturellement incités à opter librement pour des contrats soumis à une utilisation rationnelle du système de soins (évitant tout gaspillage et donc moins chers !).
● Accès aux soins : la conjugaison d'une obligation minimale d'assurance, d'une aide publique aux plus démunis et du principe de non-sélection est gage d'un accès aux soins pour tous.
● Solidarité et charité : un système libre, débarrassé du faux concept de "solidarité forcée", permettrait justement de retrouver les conditions propices à une solidarité volontaire.
● Incidence économique : la diminution des charges sociales permettrait de lever le principal frein à l'embauche et d'apporter ainsi une solution pérenne au problème du chômage.

La question du coût...

Petit exemple...Un salarié français gagnant 1500 euros nets par mois « dépense » aujourd'hui plus de 4600 euros par an au titre de l'assurance maladie obligatoire (cotisations sociales + cotisations patronales + CSG) ! La suppression de l'affiliation obligatoire annulerait de fait ces prélèvements qui viendraient ainsi abonder le salaire réellement perçu par le salarié et améliorer d'autant son pouvoir d'achat. Une hausse de 25% !
Cette somme très importante, et très souvent ignorée, permettrait aisément la souscription d'un confortable contrat d'assurance maladie auprès de l'assureur de son choix. Les tarifs pratiqués chez nos voisins européens en sont la preuve.

En conclusion :

L'enjeu n'est pas de sauver le système actuel d'assurance maladie mais de le réformer en profondeur pour offrir à chaque Français un nouveau système de protection sociale, plus juste, plus efficace. La suppression du monopole de l'assurance maladie - et avec elle la liberté rendue aux Français de choisir leur assureur - devra être l'élément fondamental d'une réforme dont l'ambition sera de répondre à ce double idéal d'efficacité et de justice.

Rien ne justifie que les Français soient privés de leur liberté de choix !
Qu'elle leur soit rendue !
Par Charles Hubin - Publié dans : Economie
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Jeudi 10 mars 2005

Par Nicolas Baverez

Deux événements viennent de provoquer une brutale prise de conscience par les Français des ravages économiques et sociaux des 35 heures. Le premier a été la cessation de paiement d'Alstom, qui, après les banqueroutes de France Télécom et Vivendi, a souligné la fragilité de la plupart des grands groupes industriels français. Le second a été le krach du système sanitaire et ses dysfonctionnements durant la canicule. Maintenant, les Français vont devoir choisir entre le maintien des 35 heures, même assouplies par la loi du 17 janvier 2003, ou bien une désindustrialisation accélérée et la dégradation des services publics. Sept raisons commandent aujourd'hui d'en finir au plus vite avec les 35 heures.

La croissance. Avec les 35 heures, la France, depuis 1998, affiche la durée hebdomadaire (37 heures) et annuelle (1 460 heures) de travail la plus faible des pays développés. Le volume des heures travaillées diminue de 2 % par an, en même temps que sévit une pénurie de travail qualifié. La faiblesse record du taux d'activité (58 % et 48 % pour le secteur privé) va de pair avec le caractère endémique d'un chômage structurel qui touche plus de 9 % de la population active depuis un quart de siècle.

Les revenus. Le paradoxe des 35 heures consiste à avoir entraîné une augmentation du coût horaire du travail de 11,4 %, tout en se traduisant par un blocage des revenus, notamment pour les salariés les plus modestes. La logique malthusienne des 35 heures signifie inéluctablement une baisse du niveau de vie, consécutive à la réduction de l'activité. Sans travail, pas de progression de l'activité et du niveau de vie : ainsi s'explique que la croissance française soit revenue de 3,2 % à 1,3 % par an.

L'emploi. La montée en puissance des 35 heures n'a empêché ni la remontée du chômage, qui dépassera 10 % à la fin 2003, ni la destruction de plus de 120 000 emplois dans le secteur marchand. Bien plus, la dégradation de la trésorerie des entreprises françaises épouse exactement la mise en place de la réduction du temps de travail, qui a donc une responsabilité directe dans le nombre record des faillites (33 000 pour les huit premiers mois de 2003).

Les finances publiques. L'implosion des finances publiques françaises (déficit et dettes publics atteignant 4,1 % et 62 % du PIB) ne saurait être imputée aux seules 35 heures. Le coût budgétaire direct reste élevé : 9,5 milliards d'euros. Surtout, les coûts cachés des 35 heures sont considérables, avec la désorganisation de pans entiers des services publics, hôpital en tête.

Les inégalités. Les 35 heures ont accru les inégalités entre les statuts et accentué les clivages entre les catégories de la population active. Inégalité entre secteur public (9 à 16 semaines de congés payés en intégrant la RTT) et privé (6 semaines de congés payés). Inégalités entre grandes et petites entreprises, qui bénéficient d'un sursis jusqu'en 2006, les 35 heures s'appliquant dans 83 % des entreprises de plus de 200 salariés, 28 % de celles de 10 à 20, 19 % de celles de moins de 10 salariés. Inégalités suivant les secteurs d'activité enfin, avec la multiplication des statuts dérogatoires.

L'impact social. La concentration et l'intensification de la production se sont traduites par une dégradation des conditions de travail, provoquant une recrudescence des accidents du travail et des arrêts maladie (en progression de 5,6 %). Parallèlement, plusieurs études médicales montrent que le temps libre dégagé par les 35 heures a pu encourager la recrudescence de certains fléaux sociaux (alcoolisme, violences...).

La valeur travail. Le travail ne constitue pas seulement une source de revenus, mais aussi la meilleure des protections sociales, le moteur de l'intégration, le vecteur des identités, le pivot de la citoyenneté. Au-delà d'un crime de guerre économique, l'euthanasie du travail poursuivie par la loi des 35 heures est, avec la déliquescence du système éducatif, la première cause du blocage de la société et de l'exclusion de jeunes qui doivent attendre 32 ans en moyenne pour accéder à un emploi stable.

Quatre remarques pour conclure. Tout d'abord, les 35 heures sont exemplaires de ces réformes malthusiennes qui n'ont jamais été réclamées par les Français. La levée des 35 heures représente l'une des rares réformes qui puisse exercer des effets positifs rapides sur l'activité, l'emploi et les finances publiques. Elle relève du seul gouvernement, à l'exclusion de toute interférence de l'Union européenne, et constitue l'un des nombreux domaines où il reste totalement souverain. Les Français, sous le choc du déclin des années 30, de la débâcle et de l'Occupation, ont travaillé entre 48 et 58 heures de 1945 à 1960 pour reconstruire leur pays, en acceptant de remiser la loi des 40 heures. Ils doivent faire de même avec les 35 heures pour compter parmi les puissances économiques du XXIe siècle.

Emile Zola, le portraitiste impitoyable de la révolution industrielle et de ses misères sociales, concluait sa vie par ces mots : « J'ai vécu parce que j'ai travaillé, un équilibre s'est fait entre le monde et moi, je lui ai rendu en oeuvres ce qu'il m'apportait. » La France est aujourd'hui aussi brouillée avec le monde parce qu'elle est brouillée avec le travail.

Par Charles Hubin - Publié dans : Economie
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Mercredi 9 mars 2005
Anti-racisme oui, mais quel anti-racisme ?

Texte d'une conférence débat organisée par "Ni Putes Ni Soumises"

Un des éléments importants de la citoyenneté et du refus de l’embrigadement est l’engagement dans le combat associatif antiraciste. Nous disons tous vouloir refuser le racisme, et tous ceux qui sont ici ce soir veulent lutter contre le racisme. Un jeune qui aujourd’hui veut s’engager contre le racisme a besoin d’idées claires sur le racisme qui frappe les Noirs, les Arabo-musulmans, les Juifs, les femmes, les Tsiganes, les Blancs, les Français …

Chaque racisme a ses spécificités qu’il faut caractériser pour pouvoir le combattre. Le 7 novembre 2004, a eu lieu à Paris à l’initiative du Mrap et de la Ligue des Droits de l’Homme une « grande manifestation contre le racisme ». Cette manifestation n’a rassemblé que bien peu de monde. La presse a justifié cette faible mobilisation en évoquant des dissensions entre organisations anti-racistes. En effet de nombreuses associations et de nombreuses personnalités avaient refusé de participer: SOS Racisme, la LICRA, mais aussi des organisations juives, mais aussi Ni Putes Ni Soumises, mais aussi des militants maghrébins comme les socialistes algériens qui ont lutté contre le FIS.

La première difficulté que va rencontrer ce jeune est donc de savoir qui EST raciste, et, surtout, qui est ANTI-raciste. En réalité tout le monde se présente comme anti-raciste. La question sera donc qui ce jeune doit-il croire, en qui doit-il faire confiance ? Son choix est bien difficile…

Dans cette intervention, nous allons voir trois parties :
- les difficultés d’être anti-racistes aujourd’hui en France
- la faillite de certaines organisations antiracistes
- des pistes pour résister à l’embrigadement

Les divergences entre ceux qui manifestaient le 7 novembre et ceux qui refusaient de manifester tournent surtout autour de deux axes : le Proche Orient et les islamistes.

Tout d’abord le Proche Orient.

Mon but n’est pas du tout de prendre parti ici pour ou contre tel protagoniste israélien ou palestinien. Tous les points de vue, toutes les opinions sont respectables, du moment que, précisément, ils excluent le racisme. Fadela Amara et Mohamed Abdi, dirigeants nationaux de Ni Putes Ni Soumises, ont affirmé à plusieurs reprises leur solidarité avec les Palestiniens, et leur point de vue est respectable, parce qu’il n’y a pas de leur part de diabolisation d’Israël. Je vais prendre deux exemples pour illustrer ce qui se passe.

Premier exemple : Le mercredi 12 janvier 2005 à Paris, un rassemblement pro-palestinien est organisé, à l'appel notamment de l'Association « France Palestine Solidarité » et de « l’Union des Juifs Français pour la Paix » (UJFP). L’UJFP est une association juive qui fait de la cause palestinienne sa grande priorité. Le rassemblement est d’abord mouvementé parce qu’ils sont agressés par une autre association juive. Puis ce sont Ginette Skandrani et Jean-Paul Cruse (1), des antisémites et négationnistes notoires, qui prennent place dans le rassemblement. Protestations de certains organisateurs qui exigent que ces négationnistes quittent les lieux. Mais d’autres organisateurs et de nombreux militants pro-palestiniens exigent que ces négationnistes restent dans la manifestation, et veulent au contraire exclure ces Juifs défenseurs des Palestiniens. On a même entendu que la « présence de Juifs » était « une honte ». (2)

Ginette Skandrani est pourtant connue pour avoir édité un remake du « protocole des sages de Sion », intitulé « le complot judéo-nazi d’Ariel Sharon » qui, comme son modèle, est un faux notoire, destiné à alimenter la haine anti-juive et anti-israélienne, notamment dans les pays arabes. (3)

Second exemple : en octobre 2004 paraît l’ouvrage controversé d’Alain Ménargues, directeur de l’information de RFI, « le mur de Sharon ». L’ouvrage suscite de très nombreuses protestations en raison de son contenu raciste. Pourtant, le 17 octobre 2004, plusieurs organisations pro-palestiniennes comme la CCIPPP(4) et Euro-Palestine dénonçaient une « nouvelle chasse aux sorcières contre le journaliste Alain Ménargues » et demandaient au public, « y compris aux détracteurs de Ménargues, s’ils ont un minimum d’honnêteté intellectuelle », de lire les deux derniers livres de l’intéressé. Or, des pages entières du « Mur de Sharon » d’Alain Ménargues sont directement recopiées de la prose d’un néo-nazi américain Mark Weber, directeur de l’Institute for Historical Review, la principale officine négationniste aux États-Unis. Un néo-nazi, un anti-noir et un anti-juif (5), voilà le genre de lectures que recommande Euro-Palestine !

Ces deux exemples sont loin d’être isolés. Comment se fait-il que les défenseurs de la cause palestinienne se prennent ainsi les pieds dans l’anti-judaïsme aussi primaire ? D’où vient que la cause palestinienne soit ainsi mélangée à l’antisémitisme ? Comment les militants pro-palestiniens font-ils le tri entre information et propagande, entre ce qui est réel et ce qui est motivé par l’anti-judaïsme ?

Comment font-ils pour éviter le piège de ce que Pierre André Taguieff et Jean Christophe Rufin nomment l’antisionisme radical, ce mélange intime d’anti-israélisme et d’antijudaïsme ?6 Comment faire son engagement si les organisations pro-palestiniennes elles-mêmes ne savent pas faire la différence ?

En réalité, il y a dans le monde plusieurs centres névralgiques de propagation de l’antijudaïsme : actuellement ce sont surtout les mouvements islamistes et notamment le Hamas, dont le seul but est d’assassiner les Juifs ! Pour le Cheikh Ahmed Yassine (7), fondateur et dirigeant du Hamas (8) je cite, « les Juifs sont des chiens » ou encore je cite, «Tout Juif est une cible et peut être tué». L’article 7 de la charte du Hamas précise : « Le jour du Jugement ne viendra pas tant que les Musulmans ne tuent les Juifs et tant que le Juif se cache derrière des pierres et des arbres. » Le but de Yassine, c’était, sans aucune subtilité, la mort des Juifs. En vérité, il ne s'agit pas ici de politique, pas d'une opinion. Il s’agit d’une propagande raciste digne du nazisme. Les musulmans démocrates sont-ils au courant de la Charte du Hamas, et dénoncent-ils cette propagande raciste ? Comment les militants font-ils la part des choses entre une information factuelle et une information donnée par le Hamas pour pousser à la haine? (9)

Les islamistes en France utilisent bien entendu la version Hamas des évènements : ils veulent montrer des musulmans victimes de massacres à des musulmans victimes du chômage pour les pousser au « Jihad ». Il s’agit, comme dit Mohamed Sifaoui, de convertir les musulmans à l’islamisme. Mais souvent la presse française leur donne un coup de main, et répercute une version proche de celle des islamistes.

Comment se fait-il en effet que la majeure partie de la presse française parle du Hamas ou du Hezbollah comme de « mouvements de résistance » ? En réalité, de nombreux journalistes hésitent à dire les faits bruts car ils craignent de « stigmatiser » des musulmans. On retrouve la même complaisance molle vis-à-vis des islamistes en Algérie. Cet ensemble de désinformations et de complaisances laisse le champ libre à de grands mythes sur tous les conflits où sont impliqués des islamistes (10). Une large fraction de l’extrême gauche continue à soutenir les islamistes, considérés comme ayant un rôle dans le combat anti-impérialiste (11).

Le MRAP : faillite de l’antiracisme officiel

Si nous revenons à ce jeune qui veut s’engager, s’il décide de soutenir les droits humains, il a de plus en plus besoin d’y voir clair. Logiquement, il devrait pouvoir se tourner vers des organisations anti-racistes. La plus importante d’entre elles, c’est le Mrap. Or que dit le Mrap ? Quel éclairage jette-t-il sur la crise de l’anti-racisme ? Hé bien, il ne nous éclaire pas beaucoup, Il projette même une lumière trouble. Le Collectif Contre TOUS les Racismes a dénoncé les méthodes dangereuses et les liaisons dangereuses du Mrap, par deux rapports de 400 pages au total, parus en février et novembre 2004 (12). Le CRIF a consacré en septembre 2004 un rapport à l’analyse des communiqués du Mrap (13). Pas un mot, pas une virgule de ces rapports n’a pu être démentie par le MRAP, qui, comme seule réponse, n’a su que diffamer les auteurs des rapports.

Sur l’antisémitisme et l’anti-israélisme, tout d’abord ; ce serait le travail du Mrap que de dénoncer l’antisémitisme qui se cache derrière de soi-disant analyses politiques. Ce serait le rôle du Mrap que de tracer la limite entre une position politique, une opinion et un discours raciste des islamistes. Or, le Mrap fait tout le contraire. Au lieu de dépassionner le conflit israélo-palestinien, au lieu de le ramener à de justes propositions, le Mrap en a fait son cheval de bataille.

Chaque année, 70 % des communiqués du Mrap en politique étrangère sont consacrés au Proche-Orient, toujours pour condamner Israël. Par contre, le MRAP ne condamne jamais le terrorisme des Palestiniens, au contraire. Cette complaisance pour le terrorisme vaut aussi pour le terrorisme islamiste algérien : à peine 1 % des communiqués sont consacrés aux massacres commis par les islamistes en Algérie ! Dans ces communiqués, le MRAP ne condamne jamais les terroristes islamistes ! Nos amis anti-fascistes algériens, qui ont durement lutté contre le FIS, regrettent de ne jamais trouver le Mrap à leurs côtés.

Voyons maintenant qui sont les collaborateurs du Mrap. Nous avons vu que l’UJFP, amie et défenseur des Palestiniens, refuse de manifester aux côtés de racistes et de négationnistes. Le Mrap n’a pas souvent cette conscience, loin de là. Roger Garaudy, Ginette Skandrani, Monder Sfar et l’internaute Cuba Libre ont été ou sont des collaborateurs du Mrap. Le Mrap a des collaborateurs racistes et négationnistes avec qui il initie et co-organise nombre de manifestations anti-israéliennes, nombre de meetings, signe nombre de pétitions. Il ne se sépare de ces personnages que lorsque leur racisme est sur la place publique et qu’ils sont devenus infréquentables.

Avec de tels collaborateurs, avec un tel discours, êtes-vous surpris que des Juifs subissent des injures racistes dans une manifestation ? Êtes-vous surpris que l’on crie « Mort aux Juifs ! » dans des manifestations co-organisées par le Mrap ? Le Mrap, qui pourrait, qui devrait parler avec une voix morale, n’a rien expliqué. Au contraire, il n’a fait que jeter de l’huile sur le feu en justifiant ces appels aux meurtres. D’ailleurs, en avril 2004, le secrétaire général du Mrap, Mouloud Aounit a franchi la ligne rouge : il a reproché à un adversaire politique d’être aux mains du « lobby juif » qui commanderait la France (14) !

Où est le Mrap lorsque des Juifs sont agressés, lorsque des enfants juifs sont martyrisés dans les écoles, lorsque des Juifs religieux sont tabassés dans la rue par des racistes (15) ?
Où est le Mrap lorsque des femmes sont victimes d’agressions sexistes ? Le Mrap n’a même jamais exprimé la moindre compassion, le moindre soutien à ces victimes. Pourtant les témoignages de femmes des cités sur le site de Ni Putes Ni Soumises sont effrayants.

Où est le MRAP lorsque des chanteurs sexistes chantent (dans des galas « de soutien » au Mrap) à la gloire des tournantes dans les caves ?

Que fait le Mrap aux côtés des intégristes islamistes dans leur campagne agressive pour le voile à l’école ? Le MRAP cautionne leur vision sexiste de la société.

Quand le Mrap a-t-il dénoncé le racisme anti-blanc et anti-républicain : au contraire, il soutient que « les Français seraient tous plus ou moins racistes », que la justice française serait « coloniale ». Objectivement, le Mrap sert le combat des islamistes contre la France.

Pourquoi le MRAP cherche-t-il toujours à excuser les auteurs d’actes racistes s’il s’agit des jeunes d’origine maghrébine ? Par cette attitude discriminatoire, le Mrap ajoute à la confusion (16).

Tout cela fait tout de même un peu beaucoup pour une organisation censée lutter contre le racisme.

Ces orientations ont été prises par la direction du Mrap. Il y a dans cette organisation des militants sincères, dévoués qui font un travail remarquable. Il y a même des « réformateurs », qui seraient porteurs d’une alternance. On peut pourtant être inquiet pour l’avenir lorsqu’on voit que les principaux réformateurs ont signé des rapports montant de toutes pièces le mythe de l’islamophobie (12) et qu’ils tolèrent sur leurs sites Internet une chasse aux sorcières et une délation inouïe de ceux qui osent briser le tabou du silence.

Venons-en à l’islamophobie

Sur France Inter en 1997, Taguieff dénonçait le discours «sécuritaire» de l'extrême droite, qui consiste à amalgamer Musulman et islamiste. Pour faire peur, l’extrême droite affirme en effet que «trois millions de Musulmans, c'est trois millions d'extrémistes potentiels» (le nombre de musulmans varie selon les discours jusqu’à 10 millions). Il avait ajouté que c'était aussi la base de la stratégie de recrutement des islamistes dans les milieux musulmans des banlieues (17). En effet, pour les islamistes aussi, un musulman est un extrémiste potentiel. Pour contrer ces deux discours démagogiques et racistes envers les musulmans, le Mrap aurait du, là aussi, aider à tracer une ligne claire entre la grande majorité de la population musulmane, qui n’est pas raciste, et les islamistes qui méprisent les non-musulmans, les musulmans démocrates et les lois de la République.

Pourquoi le Mrap n’a-t-il jamais fait la clarté pour contrer cet amalgame entre musulmans et islamistes intégristes qui sert l’extrême droite et les intégristes islamistes ? Pourquoi ne met-il pas de frontière claire, pourquoi ouvre-t-il la voie aux démagogues d’extrême droite et aux racistes de tout poil ?

Pourquoi le MRAP n’a-t-il rien fait pour empêcher cette fracture communautariste qui enferme les musulmans de France dans l’intégrisme islamiste ?

Le concept qui est au coeur de cet amalgame est l’islamophobie. Le Mrap a beaucoup travaillé pour dénoncer ce qu’il appelle « l’islamophobie ». Je dois dire que ce concept a été fortement contesté au sein même du Mrap en 2004. Le symétrique d’« islamophobie » serait « judaïsmophobie » ou « christianismophobie ».

Dans notre pays, les critiques du christianisme et du judaïsme sont courantes. Le Mrap ne s’est jamais immiscé dans ce débat lorsqu’il s’agit de Chrétiens ou de Juifs. Pourquoi prend-il sélectivement la défense de l’islam ? Pourquoi, au nom de ce concept d’« islamophobie » fait-il passer pour du racisme la critique de l’islamisme ?

L’« islamophobie » est un racisme imaginaire, construit de toutes pièces en amalgamant le racisme anti-maghrébin (qui est scandaleux et qu’il faut combattre avec détermination) et la critique du fondamentalisme islamiste ou de l’islam (critique qui est légitime). En réalité, c’est au nom de la lutte contre les discriminations subies par les Maghrébins que l’on prétend interdire la critique de l’islam.

Voyons où nous en sommes dans ce panorama : le Mrap ne dénonce pas la vision islamiste sur les Juifs, les Chrétiens, les femmes, la République. Par contre il utilise le concept d’islamophobie pour mettre à l’index, non pas le racisme anti-maghrébin, mais tout simplement ceux qui dénoncent l’intégrisme islamiste. C’est face à cet antiracisme partial, partiel et sélectif, face à cette instrumentalisation de l’antiracisme, que s’est créé le Collectif Contre TOUS les Racismes (12).

La vision du monde qui sous-tend le discours d’un Yacine implique que l’islam soit une religion « globale », globalisante. Elle implique que l’islam ait la prééminence sur les autres religions et que la loi islamique soit plus importante que la loi de la République, en France, dans le pays qui a accueilli ces musulmans.

Bien au contraire, la laïcité nous protège contre ces déviances-là. Elle assure à chacun le libre exercice de sa religion, aux musulmans comme aux autres. Et c’est pour cela que nous y sommes attachés. Nous, ce sont les Juifs. Nous, ce sont les femmes. Nous, ce sont les Maghrébins démocrates, celles et ceux qui ont connu l’intégrisme en Algérie, et qui le refusent. Nous, ce sont les Français démocrates, attachés aux valeurs de notre République, au respect mutuel.

Lutter pour la liberté aujourd’hui, c’est refuser le sexisme, refuser l’embrigadement, refuser le racisme, refuser l’antisémitisme et l’antisionisme radical. On ne peut pas lutter contre le fascisme islamiste si on ne combat pas toute sa propagande.

On ne peut pas espérer lutter pour la condition de la femme si on ne combat pas aussi, en même temps l’anti-israélisme, et inversement. C’est à nous de retrouver le coeur de nos valeurs humanistes et laïques.

Alexandre Feigenbaum, chercheur, B’nai B’rith France

ont cosigné cet article :

Kebir Jbil, président du Mouvement des Maghrébins Laïques de France
Liliane Messika, écrivain, porte-parole de Primo-Europe
Bernice Dubois, ancienne adhérente du MRAP, militante féministe
Simon Midal, Président de Communauté on Line

1 Didier Daeninckx http://www.amnistia.net/news/articles/fascdoss/azizpeti/azizpet2.htm : Jean-Paul Cruse, sur un site "latin et souverainiste", saluait "le défi lancé, le 11 septembre par un commando de rebelles venus du Grand Sud frapper le Centre Mondial du Commerce International -au prix, hélas- de plusieurs milliers de victimes ('’dégâts collatéraux’'). Selon Le Monde (1), Jean Paul Cruse aurait cherché à établir des ponts entre l’extrême droite et certains communistes en 1993.

2 http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=31441 (www.iridium)
3 Luiza Toscane, dans « Tunis réveille-toi »le mercredi 25 juin 2003, voir la note 12
4 Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien CCIPPP, 21 ter rue Voltaire, 75011 Paris
ccippp@club-internet.fr

5 http://www.col.fr/arche/article.php3?id_article=62
6 A titre d’exemple, voici le portrait de Mohamed Ennacer Latrèche, président du Parti des Musulmans de France (PMF) par Xavier Ternisien : « il professe un antisionisme obsessionnel qui cache mal un net antisémitisme. Au cours d'une conférence de presse, mercredi 14 janvier, il multiplie les déclarations provocatrices. "Oui, je suis fier et content de connaître Serge Thion", le chercheur négationniste révoqué du CNRS : "Un grand spécialiste de l'Asie, renvoyé à cause de son opposition à Lionel Jospin au sujet du Hezbollah." "Le révisionnisme et moi, ça fait deux, insiste-t-il. Mais il y a un révisionnisme admissible, celui qui est de l'ordre de la discussion et qui doit intéresser les intellectuels." Le chef du PMF martèle qu'il est "antisioniste, mais pas antisémite". Le sionisme est, selon lui, "une idéologie d'apartheid et de haine" ; les Palestiniens sont victimes d'un "génocide". Il assume complètement les slogans scandés au cours des manifestations propalestiniennes de son parti : "Bush, Sharon, Hitler, où est la différence ?" et "Sionisme = nazisme". (Le Monde, 17-1-2004, http://www.aufeminin.com/__f19134_Actu1_Le_trouble_organisateur_du_defile_pour_le_voile.html).

7 Nissim ZVILI, Libération vendredi 26 mars 2004, http://www.primo-europe.org/documents.php?numdoc=Do-304693365
8 La charte du Hamas, Article 13 précise : « Les initiatives et ce que l'on appelle les solutions pacifiques et les conférences internationales sont contraires aux principes du Mouvement de Résistance Islamique. Le fait d'abuser de quelque parcelle que ce soit de la Palestine est un abus dirigé contre une parcelle de la religion. ». http://www.objectif-info.com/Antisem-islam/charte_hamas.htm

9 Par exemple, Le 29 janvier 2005, dans un éditorial intitulé “Les mensonges de l’industrie de l’holocauste”, publié dans Le Tehran Times, affilié au ministère des affaires étrangères iranien, le journaliste Hossein Amiri prétend que L’holocauste n’a jamais eu lieu, basant son opinion sur celle des « historiens révisionnistes » qui ont prouvé que l’extermination des juifs aurait pris plus que six ans de guerre et que les “nettoyages ethniques par le gaz poison Zyklon-B, comme le prétendent les Sionistes, n’était pas possible à cette période ». L’éditorial minimise l’holocauste déclarant que n’importe quelle guerre - pas seulement la deuxième guerre mondiale - « conduit à de nombreux problèmes et désastres » et que les camps de concentration nazis n’étaient pas pires que tout autre camp de détention.

10 Ainsi Elias Sambar, directeur de la Revue d‘Etudes Palestiniennes tord le cou à un mythe qui motive pourtant bon nombre de militants pro-palestiniens : « on ne peut pas dire, comme on l'entend trop souvent, « comment les victimes de Hitler ont-elles pu faire aux autres ce qu'on leur a fait ? ». Non, les Israéliens n'ont pas fait aux Palestiniens ce que les nazis ont fait aux Juifs ! Et cela n'enlève rien aux souffrances des uns et des autres » (Télérama n° 2872 - 27 janvier 2005)

11 B’nai B’rith Menorah septembre 2004, intervention d’Alexandre Adler
12 Site du ccTr ; http://membres.lycos.fr/ifw/article.php3?id_article=1
13 http://www.crif.org/index.php?dossier=42&menu=5
14 Libération, 7 avril 2004.
15 France-Soir - "Antisémitisme : Le Mrap accusé de complaisance", Philippe Bouvier, samedi 6 novembre 2004
16 il y a des droits, mais il n’y a plus de devoirs de citoyens. Quelle image de la citoyenneté ! Quelle discrimination positive !

17 http://www.upjf.org/documents/showthread.php?s=80f58ee9cde6c453a8921ff54ab78c3c&threadid=5703&highlight=feigenbaum
Présentation chez NPNS Nord Essonne 4 février 2005

Par Charles Hubin - Publié dans : Intégration et laïcité
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Mercredi 9 mars 2005
Les règles de base du journalisme au Moyen-Orient selon la star américaine de la presse, Tom Friedman
Par Thomas L. Friedman, New York Times

Tom Friedman, spécialiste du Moyen-orient, interlocuteur de tous les rois, chefs d'État ou de gouvernement de la région - c'est lui que le prince Abdallah d'Arabie Saoudite avait choisi pour annoncer son fameux plan -, a toujours la dent très critique à l'égard de la politique israélienne dès qu'elle ne lui convient pas. Il connaît remarquablement son monde. Ce billet est paru dans le « New York Times » du 13 janvier 2005. C'est drôle… et c'est juste.

RÈGLES DE BASE POUR LE JOURNALISME AU MOYEN-ORIENT
J'ai développé quelques règles de base concernant le journalisme au Moyen-Orient, après vingt-cinq ans de travail dans cette région :

Règle 1 – Ne construisez jamais vos articles concernant le Liban, Gaza ou l'Irak autour de l'affirmation d'un cessez-le-feu. Il sera toujours rompu au moment où votre article sera publié, le lendemain matin.

Règle 2 – Ne prenez jamais une concession [ ndlr : palestinienne] pour argent comptant, à moins qu'elle vienne de la bouche même de la personne supposée faire cette concession. Si j'avais reçu un centime chaque fois que quelqu'un reconnaissait Israël au nom de Yasser Arafat, je serais aujourd'hui un homme riche.

Règle 3 – Les Israéliens gagneront toujours, et les Palestiniens feront toujours en sorte qu'ils n'en profitent pas. Tout le reste n'est que verbiage.

Règle 4 – Au Moyen-Orient, si vous ne pouvez pas expliquer une chose par une théorie du complot, n'essayez pas de l'expliquer du tout – les gens, là-bas, ne vous croiront pas.

Règle 5 – Au Moyen-Orient, les extrémistes vont partout, et les modérés tendent simplement à s'en aller – jusqu'à ce que le champ soit complètement libre.

Règle 6 – La phrase la plus souvent utilisée par les modérés du Moyen-Orient est : " Nous étions sur le point de lever la tête devant les méchants quand vous, stupides Américains, avez stupidement agi. Si vous, stupides Américains, n'aviez pas fait cette stupide chose, nous aurions levé la tête, mais maintenant c'est trop tard. Tout est de votre faute, parce que vous êtes si stupides ".

Règle 7 – Dans la politique du Moyen-Orient, il y a rarement un juste milieu. Quant une partie est affaiblie, elle vous dira : " Comment puis-je faire un compromis ? ". Et à la minute où elle devient forte, elle vous dira : " Pourquoi devrais-je faire un compromis ? ".

Règle 8 – Au Moyen-Orient, ce que les gens vous disent en privé n'a aucune importance. Tout ce qui compte, c'est ce qu'ils défendront en public, en arabe, en hébreu, ou dans n'importe quelle autre langue locale. Tout ce qui est dit en anglais ne compte pas.

Par Charles Hubin - Publié dans : Affaires étrangères
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