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Bonne lecture !
Après la mort par électrocution de deux adolescents de Clichy-sous-Bois le 27 octobre, il était parfaitement normal et prévisible que la ville de Clichy, et peut-être quelques villes alentour, connaissent deux ou trois nuits de destruction.
Le 29 octobre, il est devenu clair que le mouvement serait plus organisé cette fois-là qu’à l’accoutumée. Une manifestation fut organisée pour les caméras, avec plusieurs centaines de personnes portant le même tee-shirt, imprimé pour l’occasion, et posant remarquablement devant les objectifs dans des attitudes manifestement préparées. Il était apparent que, cette fois-ci, la manipulation de l’émotion serait poussée plus loin que d’habitude – et qu’on pouvait donc s’attendre à des violences plus durables. Il y a à cela une raison bien simple. D’une part, les trafiquants n’aiment pas, mais pas du tout, Nicolas Sarkozy, qui a renforcé la présence policière dans les quartiers qu’ils considèrent comme leur territoire. De mémoire de crapule, on n’avait jamais vu pire empêcheur de dealer et d’intimider en rond, que l’actuel ministre de l’Intérieur de la France. D’autre part, ils savent – comme tout le monde en France – que le ministre n’est pas exceptionnellement bien vu du Premier ministre Villepin, qui voit en lui un rival à ses ambitions présidentielles, ni du Président Chirac, pour des raisons que la Ména a déjà eu l’occasion d’analyser.
Pour les trafiquants, la mort des malheureux adolescents était l’occasion d’affaiblir Sarkozy grâce à quelques nuits chaudes, et, avec de la chance, de profiter de la rivalité entre Villepin et Sarko pour pousser le premier à virer le second. De cette manière, Villepin aurait la peau de Sarko et les truands obtiendraient un retrait de la police de leur territoire : un gentlemen’s agreement, en quelque sorte, dans lequel chacun trouverait son intérêt. Au cas où les choses n’auraient pas été assez claires, les trafiquants firent répandre dans la racaille le mot d’ordre « on continue jusqu’à ce que Sarkozy démissionne ».
Raisonnements de fripouilles, qui montrent bien que les chefs des voyous ne comprennent rien au sens de l’Etat du Premier ministre ? Au contraire ! La Ména est en mesure de vous démontrer aujourd’hui que le calcul politique des mafias des banlieues a été, au cours de la semaine du 30 octobre au 6 novembre, à deux doigts de réussir. Voilà quelles en furent les principales étapes :
Dès les premières nuits de violence, l’idée de profiter de la situation pour dénoncer l’échec de Sarkozy s’est répandue dans la Chiraquie ; plus vite que la flamme d’un cocktail Molotov dans un bus scolaire. Sur France Télévisions, un entretien de Sarkozy avec une habitante d’Argenteuil, le 25 octobre, au cours duquel la dame avait demandé au ministre de "débarrasser la cité de la racaille", le ministre lui ayant répondu en reprenant le même terme, fut dûment caviardé. Chirac-Télévisions fit disparaître la dame, ne laissant plus que l’image de Sarko prononçant le mot « racaille ». Puis, cette image fut passée en boucle, généralement accompagnée de commentaires graves des journalistes sur la « provocation » et la « responsabilité » du ministre. Pour les truands et les voyous le message était clair : la télévision nationale lâche Sarkozy, le gouvernement suivra bientôt si vous continuez, par vos destructions, à prouver que le ministre de l’Intérieur à échoué. Et pour que le message soit encore plus scintillant, un obscur sous-ministre, M. Azouz Begag, fut chargé d’attaquer publiquement Sarkozy de l’intérieur même du gouvernement. Le pauvre Begag obtint grâce à cela quelques jours de gloire, avant de retomber aussi vite fait dans l’oubli.
En même temps, Villepin envoyait des messages de conciliation indirects, mais très clairs, à l’intention des trafiquants. En recevant le 1er novembre les familles des adolescents électrocutés, il se montra plus que compréhensif envers l’idée que « la police faisait de la provocation » et qu’il fallait donc la retirer des quartiers si l’on voulait revenir au calme.
Le lendemain, mercredi 2 novembre, en marge d’une vaste réunion interministérielle à Matignon, Villepin a un entretien en petit comité avec Sarko et un nombre restreint de conseillers. Le Premier ministre affirme que les « Robocop » des quartiers « jouent des mécaniques et sont responsables de la détérioration de la situation ». Il se déclare donc prêt à retirer les CRS des quartiers sensibles. Sarkozy, évidemment, proteste vigoureusement. Pour la première fois, sans prononcer le mot, il fait allusion à sa démission possible. Et le même jour, il annonce à la presse, sans dire que l’idée qu’il critique est celle du Premier ministre : « On pourrait retirer la police des quartiers. Ce serait le calme, mais ce serait le calme des bandes et des imams ».
La coalition d’intérêts entre la Chiraquie et les mafias des banlieues contre Sarkozy s’est délitée dans les quatre jours qui ont suivi (3-6 novembre), grâce à la combinaison de plusieurs mécanismes démocratiques, qui ont convaincu Villepin qu’il aurait plus à perdre qu’à gagner à choisir les bandes contre son ministre de l’Intérieur. Le 3, les élus locaux des quartiers concernés sont reçus par Villepin. Il leur annonce qu’il veut « nouer un dialogue » avec les populations – et, à sa grande surprise –, est extrêmement mal reçu. Manifestement, ceux qui connaissent les populations locales, et qui comptent sur leurs voix pour leur réélection, ne souhaitent pas du tout que le gouvernement joue l’apaisement.
Au cours du week-end, les responsables de l’UMP, le parti de Sarkozy et de Villepin, transmettent au Premier ministre les milliers de messages qu’ils reçoivent du terrain. Le ton est, presque unanimement, le même : le peuple demande de la fermeté et ne pardonnerait pas au gouvernement de se montrer faible. Des sondages confidentiels demandés d’urgence par Matignon donnent le même résultat. Un résultat qui semble surprendre le Premier ministre : la demande de fermeté est exactement aussi forte dans les quartiers que partout ailleurs. Ce n’est pas étonnant en soi, personne n’aime avoir sa vie menacée en permanence par des sauvages et son quartier contrôlé par des trafiquants. Sarkozy le sait, qui va régulièrement dans les quartiers et y entend les plaintes des habitants terrorisés. Mais Villepin, coupé du monde, tombe des nues quand il apprend que les habitants des quartiers, eux aussi, lui demandent d’être ferme.
Le dimanche 6 novembre, la partie est finie et Sarkozy a gagné. Lors du conseil de sécurité intérieure présidé par le Président de la République, il est acté que le gouvernement donnera la priorité au retour à l’ordre, que la police restera dans les quartiers… et donc, même si cela n’est pas évoqué, que Sarkozy restera au gouvernement. Chirac, dont la santé ne paraît pas ce jour-là très brillante, ne fait pas durer le Conseil et n’entre pas dans le détail des mesures. Celles-ci sont précisées et annoncées par Villepin le lendemain. Les trafiquants comprennent qu’ils ont perdu. Les violences commencent à décroître. La France revient à son existence normale. Elle espère seulement que la prochaine tentative de la Chiraquie pour abattre Sarkozy n’aura pas, pour victimes collatérales, 9’000 voitures, 120 commerces, 35 écoles, une synagogue et une église…
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